Ce qu’on appelle maintenant le « scandale Oxfam » est un événement qui a ébranlé le secteur humanitaire et qui a aussi fait des vagues auprès de ce qu’on peut appeler le grand public. Pourtant, les faits révélés dans ce scandale n’ont pas choqué la plupart des travailleurs.ses humanitaires. Dans son mémoire[1] Marie Chantoufi retranscrit des entretiens avec des femmes qui travaillent dans le secteur humanitaire et analyse leurs propos. Sur quinze femmes, aucune n’a été surprise par les faits dont il est question – la consommation de prostitution par des expatrié.s d’une ONG – et même si elles sont soucieuses de l’impact que ce type de scandale peut avoir sur une organisation, elles se réjouissent qu’on parle enfin de ces questions. Bien avant cet événement, des employé.e.s d’ONG ont essayé de soulever la question du recours à la prostitution auprès de leurs supérieur.e.s hiérarchiques, ont voulu changer les choses et se sont heurté.e.s à de la résistance. Les témoignages sont nombreux et souvent désabusés.

Nous pourrions supposer qu’Oxfam n’avait pas mis en place de règles concernant le recours à la prostitution et les comportements de ses employés, que le système en place ne permettait pas de prévenir d’éventuels abus. Bien au contraire, Oxfam est une organisation qui avait des politiques et procédures très claires en la matière. C’est même une ONG à laquelle on faisait référence dans le secteur au sujet de ses outils de prévention des risques. D’autres organisations se sont appuyées sur les recommandations d’Oxfam en matière de prévention des violences sexuelles.

Ce scandale témoigne du fait que les outils ne suffisent pas à eux seuls pour éliminer les violences sexistes et sexuelles. Encore faut-il qu’ils soient connus et que la culture organisationnelle permette de dénoncer les abus. Humanitalents a conduit une enquête en fin d’année dernière et les particpant.e.s ont notamment abordé :

  • la peur des survivant.e.s,
  • l’impunité des personnes accusé.e.s de violences,
  • le style managérial,
  • le tabou,
  • le sexisme,
  • le système patriarcal,

Toutes ces caractéristiques qui composent les cultures organisationnelles du secteur humanitaire aujourd’hui et qui font que les victimes/survivant.e.s n’osent pas dénoncer les abus.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter notre livret d’enquête ou notre rapport intégral.


[1] CHANTOUFI, Marie. Violences liées au genre envers les femmes dans les ONG – Entre protection de l’image et création de tabous. Université de Lyon 2, Août 2018