Quel est ce savoir- être si particulier et pourtant si fréquemment mis en avant dans les offres d’emploi que de posséder une bonne capacité d’adaptation ?

Ayant perdu mon latin depuis quelques années… j’ai voulu retrouver la trace de l’origine du mot adaptation, tiré du latin « adaptare » ou autrement dit « être à nouveau fonctionnel ».

L’expatriation nous contraint en effet de par sa nature à sortir de notre zone de confort et oser la rencontre avec l’autre, en ce qu’elle suscite à la fois rejet et fascination.

Sommes-nous tous égaux face à cette capacité à transformer notre peur de l’inconnu en un véritable levier de motivation ?

J’ai souhaité creuser cette question en me rendant à la conférence présentée par Emmanuelle Niollet, psychologue ethnoclinicienne, au sein de l’institut Bioforce le 27 février dernier.
C’est à partir de cette attraction pour l’inconnu que le projet d’expatriation du futur travailleur humanitaire se construit et qu’il va pouvoir voyager dans différentes sphères au cours desquelles ses émotions seront mises à l’épreuve.

Je me souviens de ma première préparation au départ, cette fameuse P.A.D tant attendue et de la frustration ressentie lorsque certaines de mes questions trouvaient un atterrissage forcé dans la réponse « ça dépend » …peut-être qu’à ce moment, il était trop tôt pour moi pour comprendre qu’aucune réponse ne peut être plaquée et que les choses se mesurent en fonction du contexte ?

Est-ce que la capacité d’adaptation ne serait pas mise au travail dans le yoyo incessant de nos humeurs ?
Après la lune de miel et l’idéalisation qui s’opèrent souvent dans les premières semaines d’une mission, apparaissent les premiers signes d’une irritabilité face à cette nouvelle culture que le travailleur humanitaire ne comprend pas, une forme de « zone déficitaire » comme le nomme Emmanuelle Niollet, qui le plonge dans une zone d’insécurité maximale.

Le choc culturel apparaît alors comme une réponse à cette tentative du travailleur humanitaire de s’adapter à des codes, des valeurs, un quotidien qui ne font pas partie de ses propres références et qui à l’extrême pourront être rejetées, voire même niées. Il n’est pas pour autant une évidence et celui-ci pourra émerger quelquefois bien plus tardivement, car il est bien question ici de se défendre contre un risque de ne plus se sentir « soi », comme si l’expatrié partait en guerre contre sa propre incapacité à accepter cette différence.

A cette difficulté s’ajoute celle de la réalité du travail humanitaire en lui-même et du sentiment d’urgence permanent avec lequel l’expatrié doit composer, favorisant le développement de nombreux troubles psychosomatiques : insomnies persistantes, irritabilité accrue, conduites à risques, manque de concentration, baisse d’énergie sont autant de signes avant-coureurs d’une dépression dont il n’est pas toujours évident de reconnaître les signes et d’accepter.

Cette dépression offre néanmoins la possibilité au travailleur humanitaire de se réorganiser afin qu’il développe de nouvelles stratégies à partir desquelles il pourra entrer dans une nouvelle phase où il se sentira enfin intégré à la culture d’accueil et où son sentiment d’appartenance aura été restauré.

Dans ces situations, savoir reconnaître ses propres limites, évaluer comment notre organisme réagit, identifier ce qui peut nous procurer du bien-être sont autant de leviers à activer pour atténuer les souffrances dans des contextes favorisant l’émergence d’une forme de fragilité psychique.

La sensation à ce sujet sensible, qui nous renvoie aux confins de notre propre subjectivité, avec les limites que nous sommes prêts à accepter est encore un sujet que nombre d’entre nous n’ose pas aborder, pris dans les mailles de notre propre référentiel culturel dans lequel la santé mentale, le « psy » renvoie à l’anormalité, si ce n’est à des failles sans doute encore restées inexplorées qui trouverons tôt ou tard sur le chemin de l’expatriation un terrain fertile de déclenchement.

Ce sujet rappelle aussi la nécessité d’une vraie préparation avant le départ, pour que tout retour ne soit pas qu’un appel répétitif vers un nouveau départ qui sonnerait l’entrée dans le cercle non vertueux d’une forme de dépendance au travail humanitaire.

De nombreux professionnels et structures sont à votre écoute avant, pendant et après la mission de vos ressources humaines expatriées. Humanitalents pourra vous conseiller sur le sujet.