La thématique des abus de pouvoir et de l’exploitation sexuelle pour laquelle Humanitalents a lancé un questionnaire dans le courant du mois de Décembre 2018 (voir ici) interroge sur  le positionnement éthique des travailleurs humanitaires. C’est à partir de la nature même du fondement du rapport qu’ils entretiennent avec les bénéficiaires que je souhaite aborder cette réflexion.

Ce lien n’est pas sans rappeler ce qui se joue dans toute relation d’aide où une forme de dissymétrie est à l’œuvre dans le rapport à l’autre. Celui qui « bénéficie » est d’emblée positionné, au sens étymologique du terme, comme celui qui reçoit un avantage, un don, un privilège.

La position de témoin de la souffrance de populations vulnérables à laquelle est renvoyé le travailleur humanitaire peut amener à mettre en place des stratégies défensives, souvent inconscientes, pour y faire face, dont certaines peuvent prendre la forme de relations de pouvoir, de possessivité. L’emprise est cependant constitutive de tout lien en ce qu’elle permet à deux interlocuteurs de «s’accorder » mutuellement.

Pris dans l’urgence des situations rencontrées et la fascination que le traumatisme engendre, adopter une position réflexive pour dégager les enjeux d’une telle rencontre apparaît comme un temps nécessaire dont les travailleurs humanitaires ne bénéficient pas.

Cette position de dépendance dans laquelle s’inscrit la dynamique travailleur humanitaire-bénéficiaire n’est pas sans effet sur la nature même du lien que celui-ci entretient avec son propre travail, qui peut en miroir ,dans certains cas, revêtir une forme de dépendance ou conduire à une forme d’addiction au travail.

Il y a sans doute matière à repenser la nature de l’intervention humanitaire en offrant une voie de dégagement par la mise en place d’actions au sein des organisations pour penser les effets de cette relation afin de poursuivre la promotion de l’efficacité de l’aide dans notre secteur.