En 1965, Henri Salvador nous emmenait frénétiquement avec son hymne « le travail c’est la santé » pour se contredire immédiatement par « ne rien faire, c’est la conserver ».

C’est dire toute l’ambivalence que nous entretenons dans notre relation au travail. Pourtant aujourd’hui, le monde du travail évolue à vitesse grand V et questionne sur les conséquences sur les organisations elles-mêmes et sur les professionnels. Qu’en est-il de la santé mentale de ces hommes et femmes soumis à toujours plus de stress et de risques psychosociaux ?

C’est avec ma casquette de psychologue clinicienne que j’ai participé le 16 Mai dernier à une journée d’étude organisée par l’Orspere-Samdarra[1] où il était question de s‘interroger sur cette souffrance et sur les façons dont il serait envisageable d’accompagner les professionnels pour qui le travail est devenu insupportable.

Qu’est-ce qui a basculé à ce point pour que des lieux où l’on cherche le plaisir, une forme d’accomplissement de soi, se transforment en lieux où l’épanouissement semble compromis ?

Beaucoup de professionnels de la relation d’aide auxquels ceux de la sphère humanitaire appartiennent sont en recherche d’un sens particulier, une valeur à leur travail. Pourtant l’urgence des procédures, la complexification des missions, les exigences de redevabilité, la nécessité de faire toujours mieux avec moins d’argent finissent par s’opposer au cœur de métier de ces personnes, à leur engagement premier.

Alors à défaut de trouver un sens, la souffrance s’installe…physiquement, verbalement…ou silencieusement. Un panel de symptômes, dans ses formes les plus diverses : stress, burn-out, addictions, passages à l’acte, viennent en témoigner.

Il y a là une réflexion à creuser sur les espaces où cette souffrance peut venir se déposer, se parler, car cette pratique du quotidien, face à des populations vulnérables, nous renvoie à notre propre vulnérabilité. Des espaces où penser sa pratique, comme cela existe depuis longtemps dans le champ médico-social pourraient permettre une parenthèse dans un monde du travail toujours plus exigeant, où l’action l’emporte souvent sur la pensée.

[1] L’Orspere-Samdara est un observatoire de santé mentale sur les thématiques de la vulnérabilité.